La RE2020 ne s'intéresse plus uniquement à la consommation énergétique et à l'impact carbone des bâtiments neufs. Depuis son entrée en vigueur, elle accorde également une place importante au confort d'été.
L'objectif est simple : éviter de construire des logements très performants en hiver mais difficiles à vivre pendant les périodes de forte chaleur. Pour cela, la réglementation introduit un indicateur spécifique : les degrés-heures d'inconfort, généralement appelés DH.
Mais que mesure réellement cet indicateur ? Quels sont les seuils à respecter ? Et surtout, comment concevoir une maison RE2020 qui limite réellement les risques de surchauffe en été ?
Qu'est-ce que le confort d'été dans la RE2020 ?
Le confort d'été désigne la capacité d'un bâtiment à maintenir des conditions de température acceptables pendant les périodes chaudes, sans dépendre systématiquement d'un système de climatisation.
Cette problématique est devenue particulièrement importante avec l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des épisodes de chaleur.
La RE2020 intègre donc le confort d'été dès la conception du bâtiment. Le calcul réglementaire prend notamment en compte la conception du bâtiment, son orientation, ses ouvertures, les protections solaires, son inertie et les conditions météorologiques utilisées pour la simulation.
L'enjeu n'est pas simplement d'obtenir une température moyenne agréable. Il faut également limiter les périodes pendant lesquelles les occupants peuvent subir une surchauffe intérieure. C'est précisément le rôle de l'indicateur DH.
Que signifie DH dans la RE2020 ?
DH signifie degrés-heures d'inconfort. L'unité utilisée est le °C.h. L'indicateur permet de combiner deux informations :
- la durée pendant laquelle le bâtiment est en situation d'inconfort ;
- l'intensité de cet inconfort.
Autrement dit, une température intérieure légèrement trop élevée pendant plusieurs heures peut contribuer aux DH, tout comme une température beaucoup plus élevée pendant une période plus courte.
Plus la température intérieure dépasse la température limite d'inconfort et plus cette situation dure longtemps, plus le nombre de degrés-heures augmente.
La méthode RE2020 utilise une température limite d'inconfort qui tient compte de l'adaptation des occupants aux conditions climatiques. En journée, cette limite peut évoluer entre 26 et 28 °C selon les conditions précédentes. Dans le logement, une limite de 26 °C est notamment utilisée pendant la nuit.
Un exemple pour comprendre les degrés-heures
Imaginons qu'une pièce soit légèrement au-dessus de sa température limite pendant plusieurs heures. Si la température simulée dépasse cette limite de 2 °C pendant 5 heures, cela représente 10 °C.h d'inconfort sur cette période.
Le calcul réglementaire est évidemment beaucoup plus complet, car il porte sur les périodes concernées et utilise les règles spécifiques de la méthode RE2020. L'idée essentielle à retenir est la suivante : les DH mesurent à la fois combien de temps un bâtiment est inconfortable et à quel point il l'est.
Quels sont les seuils de degrés-heures à respecter ?
La RE2020 distingue deux niveaux pour l'indicateur DH.
En dessous de 350 DH : un niveau de confort favorable
Le seuil de 350 °C.h constitue le seuil bas de la réglementation. En dessous de cette valeur, aucune pénalisation spécifique liée au forfait de refroidissement n'est appliquée.
Ce niveau est une référence intéressante lors de la conception d'un bâtiment, même s'il ne faut pas interpréter 350 DH comme une frontière absolue entre un bâtiment confortable et un bâtiment inconfortable.
Entre 350 DH et le seuil haut : réglementaire, mais pénalisé
Lorsque le résultat se situe entre 350 DH et le seuil haut applicable au projet, le bâtiment peut rester réglementaire. En revanche, la réglementation applique un forfait de refroidissement dans le calcul énergétique afin d'inciter à améliorer la conception et à limiter les situations d'inconfort.
Dépasser 350 DH ne signifie donc pas automatiquement que le projet est non conforme à la RE2020.
Au-delà du seuil haut : un inconfort excessif
Le dépassement du seuil haut DH, noté DHmax, constitue en revanche une situation de non-conformité réglementaire. Le guide RE2020 distingue ainsi un seuil bas à 350 °C.h et un seuil haut au-delà duquel l'inconfort est considéré comme excessif. Les deux ne doivent pas être confondus.
Pourquoi la RE2020 utilise-t-elle les degrés-heures ?
L'ancien cadre réglementaire était moins directement centré sur le risque de surchauffe. La RE2020 a été conçue dans un contexte où les épisodes de chaleur deviennent un enjeu croissant pour les bâtiments. Elle cherche donc à encourager des solutions capables de limiter naturellement l'élévation de la température intérieure, notamment pour éviter de répondre à chaque problème de chaleur par l'installation systématique d'une climatisation.
La conception bioclimatique prend ici toute son importance : un bâtiment qui limite ses apports solaires et évacue efficacement la chaleur sera moins dépendant d'un système actif de refroidissement.
Comment éviter la surchauffe dans une maison RE2020 ?
Le résultat en degrés-heures ne dépend pas d'un seul élément. Il découle de l'interaction entre l'orientation du bâtiment, ses surfaces vitrées, les protections solaires, l'isolation, l'inertie, la ventilation et les conditions climatiques. Plusieurs leviers peuvent donc être utilisés.
1. Bien orienter les ouvertures
L'orientation des baies vitrées joue un rôle majeur dans les apports solaires. De grandes surfaces vitrées peuvent améliorer les apports solaires en hiver et la luminosité naturelle, mais elles peuvent aussi devenir une source importante de chaleur en été.
Une conception RE2020 efficace cherche donc un équilibre entre :
- les apports solaires utiles en hiver ;
- la lumière naturelle ;
- les apports de chaleur estivaux ;
- les besoins de protection solaire.
L'objectif n'est pas nécessairement de réduire les vitrages, mais de les dimensionner et de les orienter intelligemment.
2. Installer des protections solaires efficaces
Les protections solaires font partie des principaux leviers pour réduire la surchauffe. L'idée est d'empêcher le rayonnement solaire d'atteindre directement le vitrage lorsque les températures sont élevées. Selon la configuration, plusieurs solutions existent :
- débords de toiture ;
- casquettes solaires ;
- brise-soleil ;
- volets ;
- stores extérieurs ;
- protections végétales ;
- dispositifs mobiles.
Les protections extérieures sont particulièrement intéressantes car elles interceptent le rayonnement avant qu'il n'atteigne le vitrage. À l'inverse, une protection placée uniquement à l'intérieur intervient après que le rayonnement solaire a déjà traversé la vitre.
La RE2020 intègre d'ailleurs des exigences et des paramètres spécifiques concernant les protections solaires et les facteurs solaires des baies.
3. Profiter de l'inertie thermique du bâtiment
L'inertie thermique permet à un bâtiment de limiter et de décaler les variations de température intérieure. Des matériaux présentant une capacité thermique importante peuvent absorber une partie des apports de chaleur pendant les périodes chaudes, puis la restituer lorsque les conditions deviennent plus favorables.
L'inertie ne suffit toutefois pas à elle seule. Si un bâtiment accumule de la chaleur sans pouvoir l'évacuer, le problème peut simplement être repoussé dans le temps. Elle doit donc être associée à une stratégie globale de refroidissement passif.
4. Favoriser la ventilation nocturne
La ventilation nocturne est un autre levier important. Lorsque la température extérieure devient inférieure à la température intérieure, renouveler l'air permet d'évacuer une partie de la chaleur accumulée pendant la journée. Cette stratégie est notamment efficace lors des nuits relativement fraîches après une journée chaude.
Un logement disposant d'ouvertures sur plusieurs orientations facilite la ventilation traversante. La conception du bâtiment doit donc prévoir la possibilité de rafraîchir naturellement les locaux lorsque les conditions extérieures le permettent.
5. Prendre en compte les brasseurs d'air et le rafraîchissement passif
Le confort thermique ne dépend pas uniquement de la température de l'air. Le mouvement de l'air améliore la sensation de confort en favorisant les échanges thermiques entre le corps et son environnement. Les brasseurs d'air constituent ainsi un levier complémentaire en période chaude.
D'autres solutions peuvent être étudiées selon les projets : puits climatiques, géocooling ou dispositifs de rafraîchissement utilisant certains phénomènes physiques pour réduire la température de l'air. La RE2020 encourage justement une approche reposant sur différents leviers passifs avant de recourir à un refroidissement actif.
6. Ne pas raisonner uniquement sur l'isolation
Une maison très bien isolée n'est pas automatiquement une maison confortable en été. L'isolation réduit les échanges thermiques avec l'extérieur, ce qui est utile en hiver. Mais pendant une période de forte chaleur, elle peut aussi ralentir l'évacuation de la chaleur accumulée à l'intérieur.
Le confort d'été doit donc être pensé comme un système global. Un bâtiment performant doit à la fois :
- limiter les apports solaires ;
- éviter l'accumulation excessive de chaleur ;
- conserver une bonne inertie ;
- permettre l'évacuation de la chaleur ;
- favoriser le rafraîchissement lorsque les conditions extérieures sont favorables.
RE2020 : faut-il installer la climatisation pour respecter les DH ?
Non. La RE2020 n'interdit pas le refroidissement et ne signifie pas qu'une maison doit obligatoirement être dépourvue de climatisation. En revanche, le calcul du confort d'été vérifie que le bâtiment dispose d'une conception suffisamment performante pour limiter l'inconfort lors des périodes chaudes.
Pour les bâtiments climatisés, le calcul de l'indicateur DH est réalisé en désactivant le système de climatisation, afin d'évaluer le comportement du bâtiment avec ses autres leviers de conception et de rafraîchissement passif. Cela évite qu'une climatisation masque une conception particulièrement sensible à la surchauffe.
Le scénario météo utilisé pour les DH est-il représentatif d'un été classique ?
Pas exactement. Le calcul réglementaire du confort d'été repose sur une méthode spécifique et sur des fichiers météorologiques conventionnels, avec notamment une séquence estivale représentative de conditions caniculaires.
L'objectif est de vérifier la capacité du bâtiment à faire face à de fortes chaleurs et pas simplement de simuler un été moyen. C'est une différence importante avec une approche qui se limiterait à la température moyenne annuelle.
Les DH permettent-ils de connaître exactement la température dans une maison ?
Non. Le résultat DH est un indicateur réglementaire issu d'une simulation conventionnelle. Il ne prédit pas la température exacte qui sera mesurée dans chaque pièce après construction.
Le comportement réel d'un logement dépendra notamment :
- des habitudes des occupants ;
- de l'utilisation des protections solaires ;
- de l'ouverture des fenêtres ;
- de la ventilation ;
- des apports internes ;
- de la météo réellement rencontrée ;
- de l'usage des équipements.
Le résultat DH est donc un outil de conception et de comparaison, qui permet d'identifier les risques de surchauffe dans le cadre de la méthode réglementaire.
Pourquoi anticiper le confort d'été dès la conception ?
Modifier un bâtiment une fois construit est beaucoup plus compliqué que d'intégrer les bons choix dès la phase de conception. L'orientation, la taille des ouvertures ou la forme générale du bâtiment influencent fortement les apports solaires et le confort futur.
À l'inverse, ajouter ultérieurement une protection solaire, modifier les vitrages ou installer une solution de refroidissement peut être plus coûteux et parfois moins efficace. Le calcul RE2020 doit donc servir d'outil d'aide à la conception et pas seulement de formalité administrative en fin de projet.
Comment améliorer le résultat DH d'un projet RE2020 ?
Lorsqu'un calcul met en évidence un risque de surchauffe, plusieurs paramètres peuvent être étudiés.
Les baies vitrées. Réduire certaines surfaces vitrées, modifier leur orientation ou choisir des caractéristiques adaptées limite les apports solaires.
Les protections solaires. L'ajout ou l'amélioration de protections extérieures peut réduire fortement les apports solaires estivaux.
L'orientation. Lorsque le projet le permet, l'implantation et l'orientation du bâtiment peuvent être retravaillées pour trouver un meilleur équilibre entre apports solaires et confort d'été.
L'inertie. Le choix des matériaux et la manière dont leur masse thermique est mobilisée contribuent à amortir les variations de température.
La ventilation. Une stratégie qui évacue la chaleur quand les conditions extérieures sont favorables améliore le confort.
Les solutions de rafraîchissement passif. Brasseurs d'air, ventilation nocturne, géocooling ou autres solutions adaptées au projet complètent la conception bioclimatique.
L'intérêt d'une étude RE2020 est justement de pouvoir tester différents scénarios avant de figer les choix constructifs.
RE2020 et confort d'été : ce qu'il faut retenir
Le confort d'été est devenu un véritable sujet réglementaire avec la RE2020. L'indicateur DH ou degrés-heures d'inconfort, évalue la durée et l'intensité des situations de surchauffe dans le cadre de la méthode de calcul réglementaire.
Trois idées sont à garder en tête :
- 350 °C.h correspond au seuil bas à partir duquel un forfait de refroidissement peut être appliqué dans le calcul énergétique ;
- un seuil haut DHmax doit également être respecté, son dépassement correspondant à un inconfort excessif et à une situation non réglementaire ;
- la meilleure stratégie consiste à traiter la surchauffe dès la conception, grâce à l'orientation, aux protections solaires, à l'inertie et aux possibilités de rafraîchissement naturel.
La RE2020 ne consiste donc pas simplement à construire une maison plus isolée. Elle impose une réflexion plus globale sur la manière dont le bâtiment se comportera pendant les épisodes de chaleur.
Pour anticiper ces problématiques et réaliser les études nécessaires à un projet soumis à la RE2020, vous pouvez consulter enrgetic.fr, bureau d'études spécialisé dans les études énergétiques et environnementales du bâtiment.



